Aujourd’hui j’aimerais revenir sur quelque chose qui me semble vraiment important. Je crois en avoir déjà parlé, ou du moins l’avoir évoqué il y a quelques temps, mais je ressens un besoin de plus en plus pressent de mettre un point sur les i.

Depuis l’affaire Weinstein, les langues se sont déliées, et enfin on nous écoute. Et il faut dire qu’il était plus que temps! On arrive à un moment où enfin, il devient de plus en plus mal vu d’être dans le camp des oppresseurs (bon on y est pas encore tout à fait, mais on s’en rapproche).

Le fait est que depuis que j’ai sérieusement commencé à m’intéresser au féminisme, j’ai énormément entendu ce genre de phrase:

« Je ne suis pas féministe, je suis humaniste. »

Ou égalitariste, selon les personnes.

Ca m’agace, et pourtant je peux comprendre que ces personnes sont bien intentionnées. Si tel est ton cas, je ne te jette pas la pierre, le but de cet article n’est pas de te livrer en pâture sur la place publique, mais de t’expliquer pourquoi remplacer le terme de féminisme par humanisme (ou autre) n’est pas une chose à faire, en plus d’être franchement irrespectueux.

J’ai pu retenir deux grandes raisons pour lesquelles au terme de féminisme est préféré un autre (l’une des raisons étant sans doute bien plus réaliste que l’autre).

 

1. Tu es un homme et tu ne te sens pas légitime à te dire féministe car tu ne vis pas la souffrance des femmes, même si tu te considères comme un allié à part entière.

(Je ne suis pas sûre que ce soit la majorité, mais on peut rêver!)

Tu as droit à toute ma gratitude. Mais bien sûr que tu es légitime! Je ferai prochainement un article pour t’expliquer comment être un bon allié pour les femmes féministes de ta vie.

 

2. Le refus d’être associé.e au féminisme.

En règle générale, les personnes se disant humanistes au lieu de féministes partagent plus ou moins les valeurs du féminisme: elles sont pour l’égalité des sexes, contre les oppressions faites envers les femmes, etc. Après tout dépend de leur implication et leur connaissance de ce que le féminisme recouvre, mais elles ont tendance à s’accorder sur l’idée générale.

Mais même si iels partagent ces valeurs là, iels refusent manifestement de se voir coller l’étiquette de féministes. Et pour cause, le féminisme a très mauvaise presse, même encore aujourd’hui suite à l’affaire Weinstein. On continue de nous considérer comme des sortes de sorcières hargneuses, prêtes à crier au viol dès qu’un individu mâle nous demande l’heure dans la rue.

Moi en écrivant cet article.

 

 

Pour beaucoup, le féminisme a une dimension extrémiste, absolue, qui confine même à la haine des hommes. En gros, si on nous laissait les rennes, il y a belle lurette que les hommes seraient enfermés à la maison avec les enfants, n’auraient plus le droit de voter, d’avoir leur propre compte en banque…

Tiens c’est drôle, ça me rappelle quelque chose.

 

Bref.

Le Larousse définit l’humanisme comme une « Philosophie qui place l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres valeurs. »

Le terme d’humanisme impliquerait une vision plus élargie: on considère tous les individus qui peuplent cette planète comme des êtres humains à part entière et doivent être traités comme tels, sans distinction quelle qu’elle soit.

Dans un monde idéal, ce serait notre réalité.

Mais voilà, nous ne sommes pas dans un monde idéal. Les inégalités sont là et bien présentes, ainsi que les constructions sociales par lesquelles certains groupes sociaux sont dominants et d’autres dominés.

Alors je me doute bien que toutes les personnes qui se disent humanistes ne sont pas des bisounours vivant dans les fleurs et les papillons. Qu’ils sont parfaitement au courant des réalités du monde et des injustices existantes.

Se dire humaniste parce qu’on espère qu’un jour, ne voir que l’humain et les valeurs humaines sera la réalité est une chose. Mais se dire humaniste pour remplacer le terme de féministe en est une autre. (note que ça vaut pour toute lutte contre une forme de discrimination particulière)

Car non, le féminisme ne désigne pas une bande de folles furieuses prêtes à se jeter à la gorge du premier homme qui passe. Le terme de féminisme recouvre de multiples courants, sociaux, culturels, politiques. Le féminisme, c’est une histoire, des histoires. Ce terme recouvre les luttes de femmes qui se sont battues pour leurs droits, qui ont été violentées, tuées, parce qu’elles demandaient ce qui aurait dû leur être normalement acquis.

Se nier féministe alors qu’on en partage les valeurs, c’est nier toutes les spécificités du féminisme, toute son histoire, et toutes ces femmes qui ont permis que nous puissions aujourd’hui en France voter, aller à l’université, travailler, avoir le choix de ce que nous voulons faire de notre corps.

Nier le terme de féminisme, c’est nier que le groupe social de type homme reste dominant sur le groupe sociale de type femme. Que nous vivons toujours dans une société patriarcale.

C’est nier que les inégalités, les violences dont souffrent les femmes sont toujours existantes.

C’est nier que la lutte reste nécessaire, et que rien n’est acquis.

Non, être féministe ce n’est pas honteux, ce n’est pas une tare, ça ne fait pas de toi un.e hystérique, un.e extrémiste qui veut la mort de tous les êtres de sexe masculin. Ca signifie que tu reconnais l’existence de ces mouvements, que tu adhères à ces valeurs. Que tu te places contre les oppressions et les oppresseur.se.s, que tu es soies une concernée, soit un allié. Que tu es conscient.e de l’importance de cette lutte et que tu as le courage de tes convictions.

Se dire féministe, c’est déjà agir.

Parce qu’il est plus que temps que la honte change de camp, et que se dire féministe soit au contraire une source de fierté et même quelque chose de normal.

N’hésite pas à me dire ce que tu en penses en commentaire.

Coeur sur toi!