Il y a quelques temps, j’ai écrit un article sur la pilosité féminine, où je t’expliquais pourquoi j’ai décidé d’arrêter de m’épiler. Si tu ne l’as pas lu, ou que tu souhaites le relire, je t’invite à cliquer sur ce lien: http://nessygraphic.com/histoire-de-poils-ou-pourquoi-jai-arrete-de-mepiler/

L’article étant vraiment long, je t’avais promis une seconde partie pour te parler notamment des raisons pour lesquelles l’épilation féminine est devenue une telle norme sociale.

Je précise que je ne suis absolument pas spécialiste de la question, et que ce que je résume ci-dessous provient du résultat de mes recherches.

 

Et en fait, l’épilation ne date pas d’hier: déjà dans l’Antiquité, elle était monnaie courante, qu’on soit homme ou femme. Le poil était associé à l’animalité, opposé à la pureté et à l’humanité. D’ailleurs en Egypte les Pharaons et leur entourage étaient intégralement épilés. Idem dans le monde Gréco-romain ou les soins corporels étaient très importants et l’épilation intégrale pratiquée par certains hommes. On a également retrouvé des pinces à épiler qui étaient utilisées par les femmes en Gaule (ça devait prendre du temps cette histoire…). Suite à la chute de l’Empire Romain, le poil revient en force jusqu’au Croisades Chrétiennes.

En Orient l’épilation est de mise pour les femmes, principalement sur le front (et oui !), les aisselles et parfois le pubis. Ces traditions sont importées en Europe, avec des techniques comme la cire d’abeille.

Entre la Renaissance et la fin du XIXe siècle, les femmes s’épilent principalement le front pour le faire paraître énorme et souligner leur intelligence, par opposition à l’animal. Les techniques sont assez particulières, puisqu’on utilisait du sang de grenouille ou des préparation de cendre et vinaigre. J’ai même vu quelque part qu’on utilisait du sang de chauve-souris (miam). Il y avait aussi l’arsenic, pour un côté un peu moins healthy.

Aussi étrange que ça puisse paraître pour cette société où le catholicisme était tout de même très présent, l’épilation pubienne était à la mode chez les femmes de la noblesse européenne.

L’épilation des aisselles, du maillot, des jambes est apparue en même temps que le maillot de bain et les vêtements plus courts au XXeme siècle.

 

Mais c’est ensuite que les choses se sont vraiment gâtées et là j’ai trouvé de nombreuses origines à cette convention sociale, la plus importante se trouvant être la pub, le marketing: forcément, on veut vendre des rasoirs, des crèmes dépilatoires, des bandes de cire. Alors tout est bon pour ça: prétendre que les poils c’est sale, créer un sentiment de honte envers eux, et nous faire croire que nous serons plus séduisantes, plus aimées une fois épilées et que ça va nous éviter de finir seule (la menace suprême). Un nouveau marché a été créé, puisqu’après tout, il n’y a pas de raison pour que seuls les hommes achètent des rasoirs ! L’épilation devient une nécessité, on ne se pose plus de question, on achète. Il y a aussi évidemment l’influence du porno, avec des corps féminins ultra lisses, ultra sexualisés. Sans oublier la presse féminine qui fait beaucoup de mal avec de multiples articles pro épilation et photos de mannequins sans l’ombre d’un poil.

Mais dans tout ça, il y a aussi le désir de maitriser le corps de la femme. La psychologue et chercheuse Sara Piazza en parle: « Les poils nous dégoûtent parce qu’ils représentent la sexualité féminine dans ce qu’elle a d’incontrôlé et donc de dangereux. L’épilation, c’est un moyen de la domestiquer. »

Il y a aussi cette pression au jeunisme: un corps sans poil est un corps prépubère, un corps jeune. Dans notre société vieillir pour une femme c’est un peu le mal absolu, l’horreur, la damnation ! Tu vas décrépir, te ratatiner sur toi-même, et plus personne ne voudra de toi !

Non non non ! Il faudrait rester lisse, mince, fraîche jusqu’à la fin de ses jours. Toujours jeune et dans le contrôle.

Pour Mona Chollet (autrice de Beauté Fatale, je recommande !) l’épilation féminine est une expression supplémentaire de la domination masculine sur le corps des femmes: elle parle d’un corps érotisé, soumis au désir de l’homme, agréable. Dans l’épilation il y a cette idée de douceur du corps, qui va avec la douceur de caractère qu’on attribue (aimerait attribuer ?) aux femmes.

Et le plus fort c’est qu’on arrive à te faire croire qu’en fait c’est ton choix, que tu le fais toute seule comme une grande, sans jamais te poser la moindre question. Alors que tout est calculé pour t’y contraindre en fait.

 

J’avoue que quand je me suis penchée sur la question, quand j’ai découvert tout ça, j’ai vraiment eu l’impression de m’être faite avoir, moi qui pensais ne pas être franchement sensible à la pub ou aux influences extérieures. Je me suis pris une bonne douche froide.

Toute ma vie on m’avait fait croire que mes poils étaient sales et honteux. Que ne pas s’épiler était un manque d’hygiène (mais pas pour les hommes apparemment) et de respect (pour qui ??).

En réalité j’ai découvert que les poils ont plein de fonctions ultra sympa pour notre corps:

– Ils nous protègent de la chaleur, du froid, des UV.

– Ils nous préviennent au cas où un insecte viendrait tenter sa chance sur notre épiderme

– Ils maintiennent l’hydratation de la peau (voilà pourquoi j’avais sans arrêt une peau de croco, tout s’explique!)

– Ils nous permettent de ressentir les contacts physiques de manière plus intense

– Ils jouent un rôle de protection, notamment les poils pubiens qui préviennent les mycoses et autres joyeusetés (l’épilation intégrale à ce niveau n’est dont vraiment PAS une bonne idée)

Et non, ça ne sent pas mauvais (sauf si tu arrêtes de te doucher), ils ne favorisent pas non plus la transpiration. Il semblerait même qu’ils la régulent d’après ce que j’ai pu lire et expérimenter par moi-même.

 

Arrêter de m’épiler est une décision que je ne regrette absolument pas et qui m’a apporté plus que ce que j’aurais pensé au départ:

– Je perds beaucoup, BEAUCOUP moins de temps et d’argent

– Ma peau est beaucoup plus saine et moins sensible qu’avant

– C’est un filtre à abruti.e.s (pour rester polie): en voyant la réaction des gen.te.s sur ta non épilation, je peux te dire que tu sais immédiatement à qui tu as affaire

– Mais surtout, je m’aime beaucoup mieux et je me sens vraiment plus confiante, aussi bizarre que ça puisse paraître. Le fait de garder mes poils et de l’assumer me fait aussi me sentir beaucoup plus femme.

 

Au final cette norme sociale (et c’est pas la seule!) pervertit totalement notre rapport à notre corps tout en biaisant complètement nos choix. Peu importe qu’on choisisse de d’épiler, ou de ne pas le faire, ce qui compte c’est de savoir pourquoi on le fait et d’être consciente des manipulations qu’on peut subir. Après libre à toi de décider, parce qu’après tout your body your choice.

 

N’hésite pas à me dire ce que tu en penses, et prends soin de toi surtout !