La semaine dernière, un groupe d’entrepreneuses a décidé de consacrer sept jours, sept articles aux règles… et c’est si cool ! Je trouve tellement génial qu’on parle de plus en plus de ce sujet, qui est un peu un de mes sujets préférés de l’univers (si tu veux tout savoir, c’est même de là que vient le « rouge » de mon nom de marque)

Parmi ces entrepreneuses, il y a Maude de Maudus, une femme tellement inspirante, mais aussi une de mes clientes. En relisant son article, j’ai pu voir tout à la fin une invitation adressée aux lectrices qui le souhaitent à s’exprimer à leur tour sur le sujet. Du coup je décide de répondre à l’invitation et de me lancer !! J’ai hésité sur l’angle sous lequel aborder ce sujet. J’en avais deux de prédilection: un angle spirituel et axé développement personnel, ou l’angle social et féministe.

Et puis, une fois de plus, je suis tombée sur une publication parlant de Chaupadi dans mon fil d’actualité.

Chaupadi, ce n’est pas une personne, mais une tradition népalaise qui touche les femmes: lorsqu’elles ont leurs règles, elles sont tout simplement exclues de la société de leur village. Elles n’ont pas le droit d’entrer dans la maison, ni de toucher à la nourriture, qu’elles pourraient selon cette croyance, contaminer. Elles sont réduites à dormir dehors, dans des abris ou dépendances de fortune. Certaines meurent de froid, de maladie, d’incendies dus à l’insalubrité des lieux, ou même se font dévorer par des animaux. Chaupadi a été interdit par le gouvernement népalais, mais reste pratiqué dans certains villages.

Une tradition barbare, comme il en existe bien d’autres, partout dans le monde.

En Iran, selon une étude, 48% des jeunes filles pensent que les règles sont une maladie.
En Afghanistan, on laisse croire aux femmes qu’elles ne doivent pas se laver pendant leurs règles. Elles n’ont aucun accès aux produits d’hygiène pendant leurs menstruations et sont exposées à des risques d’infections.
En Ouganda, les protection hygiéniques sont si chères que beaucoup de femmes ne peuvent pas se les offrir et utilisent des bouts de tissu, des plantes, ou des vieux papiers dans leurs sous-vêtements. Là encore les risques d’infections sont nombreux… Je pourrais continuer longtemps.

En France, on peut se dire qu’on est plutôt vernies quand on voit la situation des femmes dans d’autres pays. Et pourtant, notre société patriarcale a clairement construit la manière dont nous percevons et vivons nos règles.

Dans la religion chrétienne, les règles sont traditionnellement vues comme une souillure issue du péché originel et dont chaque femme a hérité.
Et ils faut croire qu’après quelques millénaires, les choses n’ont toujours pas changé puisque encore et toujours, nos règles sont associées à la honte.

La honte de la tâche de sang sur les vêtements. La honte lorsqu’on nous voit passer en caisse avec nos tampons au supermarché, surtout quand on est très jeune. La honte de devoir expliquer à notre mec que ce soir ça va pas être possible puisqu’on a nos règles. Avec la peur de le dégoûter en prime. Et puis ces situations qu’on a probablement toutes connues, où on s’aperçoit trop tard qu’il n’y a pas de poubelle dans les toilettes où on se trouve et qu’on se demande ce qu’on va bien pouvoir faire de notre serviette/tampon.

Mais il faut croire qu’on a raison d’avoir honte, puisqu’entre deux émissions montrant des scènes de meurtres ou agressions super violentes, on se retrouve avec une pub où les règles sont symbolisées par un liquide bleu, car cachez ce sang que je ne saurais voir ! Dernièrement, la marque Nana a enfin créé une publicité montrant du vrai sang (enfin un liquide qui y ressemble, pas vraiment du VRAI sang hein), pub qui a été censurée à la télé.

Ainsi on nous apprend que les règles doivent surtout rester cachées. On ne les nomme pas d’ailleurs, on préfère leur donner des petits surnoms sympa: les mickeys, les ragnagnas, les anglais débarquent, etc.

Non pas que ce soit mal de leur donner le nom qu’on veut, mais ça craint quand le nom des règles lui-même devient source de honte. Quand les règles, c’est un peu Celles-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

Mais la honte ne s’arrête pas là. Que celle qui n’a jamais eu droit au fameux « Mais pourquoi tu t’énerves, t’as tes règles ou quoi ? » jette la première serviette hygiénique (mais pas usagée svp, restons civilisées). Tu es une femme. Donc tu as tes règles. Donc tu es une créature particulièrement émotive. Donc tu n’es pas ultra fiable. Et si tu t’énerves, ça veut tout simplement dire que tu as tes règles, ou que tu es émotive parce que tu es une femme qui a ses règles. Donc ta parole n’est pas vraiment valable.

Et voilà comment en quelques secondes, tu es discréditée, simplement pour avoir eu le malheur d’être née femme et d’avoir tes règles.

Et comme tu as tes règles, tu es parfois moins efficace. On ne peut pas tellement te confier de dossiers importants, tu es moins performante. Sisi.

Le monde du travail est régi par le patriarcat. On exige de nous qu’on soit performantes dans les mêmes domaines, de manière linéaire, tout le long du mois. Or les femmes sont cycliques: certains moments du mois sont propices à la créativité, aux idées, aux projets. D’autres aux activités de groupes, aux réunions, au séminaires. D’autres encore à la réflexion, la révision de ce qui a été fait avant.

Nous ne sommes ni moins performantes, ni moins efficaces que les hommes, bien au contraire. Nous avons seulement un fonctionnement qui peut être différent. Et ça, le monde du travail s’en fout éperdument.

Et la douleur, on en parle ? Autre sujet de honte fort sympathique. Ma main à couper que si les hommes avaient leurs règles, il y a bien longtemps qu’on aurait inventé tout un tas de traitements et méthodes efficaces pour remédier à la douleur.
Parce que la réponse, quand on se plaint d’avoir mal c’est souvent de l’ordre du sert les dents et attends que ça passe. Et tiens, un spasfon si vraiment tu pleurniches trop, et fiche moi la paix.

Dans beaucoup de cas, et heureusement, un spasfon suffit. Mais dans d’autres, la douleur est sérieusement insoutenable. Et c’est là que ça devient dangereux, quand cette douleur n’est pas prise au sérieux. C’est comme ça que des maladies comme l’endométriose sont si mal diagnostiquées. Parce que des personnes se sentent obligées de balancer à des jeunes filles en grande souffrance « c’est normal, sert les dents ça va passer ». La honte du sang, la honte d’être sale, la honte d’avoir mal. On continue ?

D’ailleurs le marketing nous aide. Sisi, en nous sortant tous les quatre matins la protection plus invisible qu’invisible, tout en étant plus absorbante qu’absorbante. Avec évidemment un système anti-odeur afin surtout qu’on évite d’offenser les narines d’innocents passant par là.

Ce qu’évidemment on oublie de nous dire de but en blanc, c’est qu’on va devoir casquer pour ces fameuses protections. C’est là que la fameuse taxe rose entre en jeu, un très joli supplément qui concerne les produits d’hygiène féminine.

Evidemment qu’ils en profitent: nous sommes un marché particulièrement juteux, tout simplement parce que les femmes ont, pour la plupart leurs règles. Les protections périodiques ne sont pas un caprice esthétique, mais une véritable nécessité. A moins de maitriser la méthode du flux instinctif (le fait de pouvoir retenir le sang à l’intérieur et l’évacuer en allant aux toilettes), tu en auras forcément besoin une grande partie de ta vie si tu es réglée. Et malheureusement, on ne peut pas dire que le marché des protections périodiques soit très varié; sous toutes ces innovations pour soi-disant rendre nos règles toujours moins gênantes et plus indétectables, on a en fait seulement le choix entre les tampons et les serviettes. Des produits qui coûtent très cher, puisqu’une femme dépensera en moyenne 1500 à 2000€ en protections périodiques au court de sa vie.

Mais la bonne nouvelle, c’est que pour ce prix tu gagnes en plus le droit de t’empoisonner, puisque les serviettes comme les tampons contiennent des produits toxiques. Leur composition est d’ailleurs gardée secrète par les fabricants qui refusent de la dévoiler sur les paquet. Oui, ça pue.

Un documentaire diffusé sur Arte (Tampons, notre ennemi intime) a mis en avant la dangerosité des tampons pour les femmes, plus forte encore que les serviettes, en plus d’être de véritables désastres écologiques. Je t’invite à le regarder si tu le peux, c’est extrêmement intéressant.

Heureusement depuis quelques années certains fabricants ont décidé d’innover pour la santé des femmes et l’environnement: tampons et serviettes bio, mais aussi serviettes lavables, cup, culottes périodiques. Bien évidemment, en trouver dans les supermarchés relève du parcours du combattant, en particulier en ce qui concerne les protections non jetables. Tu m’étonnes, le marché du jetable est si juteux, pourquoi l’abandonnerait-on ?

Depuis quelques mois, j’ai commencé à apprendre à renouer avec mon cycle, à le comprendre et à l’apprécier. Je me suis peu à peu reconnectée à mon corps et à ses différentes phases. J’ai découvert des sensations nouvelles, qui font maintenant partie de moi. Et j’apprends encore, tous les jours.

Je me sens apaisée dans ma relation à mon cycle. Mais je me sens aussi en colère, quand je pense à toutes ces années où on m’a fait me sentir honteuse de mes règles, où on m’a fait croire que c’était un mauvais moment à passer, que je devais les cacher. Je me sens en colère quand je pense à toutes ces femmes qui détestent avoir leurs règles au point d’être soulagées de se bourrer d’hormones en prenant la pilule en continu, sans savoir ce qu’elles perdent en retour. C’est ce qu’on nous a appris. Ce qu’on apprend encore à des millions de jeunes filles.

On nous vole nos règles. La société patriarcale nous a volé cette expérience si précieuse pour les femmes, qui peut être vécue de manière si positive, et en a fait au contraire un outil d’oppression supplémentaire. On ne nous apprend pas à comprendre notre corps, mais à en craindre une partie, à le trouver sale, impur, souillé, gênant une semaine par mois. On nous apprend que nos règles font de nous des hystériques et que nous devrions en avoir perpétuellement honte.

Pourtant, tes règles, c’est le signe que la vie circule en toi. C’est une manifestation de tes énergies féminines. C’est un phénomène beau, précieux, un moment tout particulier pour te reconnecter avec toi-même.

J’ai eu la possibilité de le faire. De lire des livres comme Lune Rouge de Miranda Gray, que je te conseille particulièrement. Comprendre comment fonctionne mon cycle, m’a aidée à l’apprivoiser, à l’apprécier, mais surtout à l’honorer. C’est un chemin parfois long, pas toujours évident, mais que tu peux suivre également, pour ton bien-être, pour une meilleure harmonie avec toi-même. Malheureusement, c’est un chemin que nous devons emprunter de nous même tout en déconstruisant tout ce qu’on nous a appris, toutes les normes sociales si ancrées en nous.

J’aimerais conclure cet article par quelque chose qui me tient très à coeur. Nous, en tant que femmes, sommes liées par cette expérience. J’ai la chance d’avoir eu la possibilité de réfléchir sur le sujet, de tester différents types de protections pour choisir la plus appropriée à ma santé et à l’environnement. Si tu lis cet article, c’est que tu as une connexion Internet, probablement un ordinateur, un toit sur la tête, et les moyens de t’acheter des protections périodiques régulièrement sans trop te soucier du prix.

Mais pour les femmes en situation de grande pauvreté, celles qui vivent dans la rue, la situation est bien pire. Le prix de ces produits les rends extrêmement difficiles d’accès pour elles, alors qu’on devrait les leur distribuer gratuitement (et à toutes les femmes d’ailleurs !). Tu as la possibilité de les aider: lors des collectes en supermarché, pense à ces produits que malheureusement tout le monde oublie. Certaines villes ont mis en place des points de collecte où tu peux déposer des paquets de serviettes, tampons et autres qui sont redistribués aux femmes SDF. Il existe aussi des initiative du Samu social et d’associations qui collectent ces produits, n’hésite pas à te renseigner dans ta ville.

Si tu veux t’informer encore sur le sujet, je t’invite à lire les articles de toutes les super nanas qui ont participé à la semaine #RougePower: Maude de Maudus, Lyvia Cairo, Mélissandre de Green Soul, Agathe de Agathe my bag, Tiphaine de Naturellement Imparfaite, Manon Godard et Carry de Héroines au quotidien. N’hésite pas à toi aussi écrire sur le sujet des règles si tu en as envie, il est plus que temps que notre parole se libère !

Prends soin de toi !