Tu as certainement vu ce hashtag envahir les réseaux sociaux, ou sa variante, #balancetonporc. Des hashtags qui permettent aux femmes d’élever la voix, de dénoncer les harcèlements, humiliations, violences dont elles ont été, sont la cible. Dont j’ai été la cible.
Dans le train, en rentrant chez moi, j’ai lu quelques uns des nombreux témoignages. Et j’ai à mon tour pensé à tous ces moments que j’ai vécus, qui m’ont écorchée, blessée. Je n’ai pas eu besoin de faire le moindre effort pour les convoquer, ils sont venus à moi, ont envahi ma tête. Y compris ceux que j’avais oubliés depuis longtemps, dont je ne voulais pas spécialement me rappeler.
 
Ces moments où je me suis fait regarder, complimenter, puis insulter dans la rue parce que j’ignorais ou que je refusais de remercier.
Où j’ai changé de tenue, pour être moins visible.
Où ça ne changeait finalement rien.
Où j’ai eu peur, vraiment peur.
Où j’ai su que je n’étais pas en sécurité dans la rue, dans le métro, au travail.
Celui où un garçon a dit que j’étais bonne dans mon dos, au lycée.
Où un homme m’a harcelée sur les réseaux sociaux, sans se soucier de mon absence de consentement. Sans penser que je passerais les jours suivants dans la peur qu’il aille plus loin.
Où une responsable du collège nous a dit, à moi et une amie, que porter un débardeur était un appel au viol. Nous avions douze ans.
Où un homme m’a proposé de monter dans sa voiture, quand j’avais neuf ans.
Où un client m’a dit que j’étais « bien foutue ».
Où j’aurais apparemment dû le prendre comme un compliment.
Où un garçon de ma classe m’a harcelée sexuellement pendant mon année de sixième. Où tout le monde le savait, en riait ou ne disait rien. Y compris les enseignant.e.s.
Ces fois où je me suis forcée, sentie obligée, parfois sans même m’en rendre compte sur le moment.
Où des petites garçons jugeaient amusants de soulever ma jupe dans la cour de l’école. Et où tout le monde trouvait ça drôle, même les enseignant.e.s et surveillant.e.s (bah oui, c’est tellement mignon à cet âge. Sauf que je m’en souviens encore, et que ça ne me faisait pas rire du tout…).
Où on m’a dit que ces garçons/hommes agissaient comme ça « parce qu’ils m’aimaient bien » (C’est pas la phrase la plus pourrie du monde ça?)
Où on m’a touchée, sans se soucier de savoir si j’étais d’accord, si ça me gênait, parce que c’est comme ça, parce que j’étais là.
Où j’ai fait semblant de rire, pour ne pas pleurer.
Où mon consentement a été testé, contourné, dénigré, voire totalement bafoué.
Où on m’a suivie dans la rue.
Où on m’a fait remarquer que ma tenue était trop courte. Ou trop longue. Ou trop voyante. Ou pas assez.
Où je n’osais rien dire, parce que j’étais jeune, parce que je me disais que c’était comme ça.
 
Encore maintenant je n’ai pas tout dit. Je sais que je ne me souviens pas de tout. Si toi aussi tu te sens concernée et que tu en as envie, partage ce hashtag (tu n’es obligée de rien raconter bien sûr).
Je crois que c’est la première fois que j’ai vraiment peur de poster quelque chose.
Mais je n’ai pas fini d’écrire sur le sujet, sois prévenu.e.