Parfois, j’ai un fantasme complètement délirant, décadent même si on considère la société dans laquelle on vit.

Parfois, j’ai le fantasme de disparaitre d’un coup des réseaux sociaux pour ne jamais y revenir.

C’est quelque chose qui me trotte dans la tête tout particulièrement dernièrement. La dernière fois, je m’en souviens parfaitement, c’était il y a environ un an et demi. J’étais dans une relation avec un homme, une relation à distance. Il se trouve qu’il détestait parler au téléphone, ce qui fait que les messages sur WhatsApp étaient notre unique mode de communication. En un peu plus d’un mois, je n’ai réussi à le convaincre de faire qu’un seul appel.

Plus les semaines passaient, et plus j’avais l’impression de perdre de vue la personne. Le son de sa voix, ses expression, son rire, son visage. En gros, j’avais de plus en plus l’impression d’entretenir une relation avec mon téléphone. Les mots étaient des textos, la voix une sonnerie, les expressions des smileys. Lorsque la relation s’est terminée, je me suis sentie comme si j’étais en overdose. J’ai très sérieusement songé à me débarrasser de mon smartphone, ou plutôt à le mettre dans un tiroir et le ressortir seulement pour les voyages. J’avais même commencé à regarder les vieux téléphones portables sur le marché et comment je pouvais mettre mes apps sur l’ordi. Et finalement, ça m’a passé, j’ai décidé d’avoir une utilisation plus raisonnée du smartphone, et ça m’allait. Jusqu’à aujourd’hui.

Je ne sais pas si tu as vu le Diable s’habille en Prada. Dans le film (pas terrible, je te l’accorde) Andy travaille pour la terrible Miranda Prieslty et se retrouve à passer sa vie sur son téléphone pour satisfaire les exigences de sa boss. Et à la fin, en un geste libérateur, elle balance son portable dans une fontaine.

A l’époque, je trouvais terrible qu’Andy soit devenue à ce point esclave de sa patronne par l’intermédiaire du téléphone qui sonne sans arrêt, est toujours présent, même dans son intimité. Et pourtant, si je me regarde aujourd’hui, est-ce que vraiment ma situation est différente? D’accord, je n’ai pas de patron·ne, mais il faut croire que ça n’empêche pas mon smartphone d’avoir pris une place prépondérante dans ma vie. Que ça ne m’empêche pas non plus d’avoir cette impression d’être sans cesse sollicitée alors que je n’ai rien demandé.

Pourtant, je suis loin de ne trouver que des défauts aux réseaux sociaux: ça permet à des artistes, des porteurs·ses de projets, des militant·e·s et tant d’autres personnes d’avoir une voix et un impact qu’ils n’auraient sans doute pas eu sinon. On peut y relayer des informations que les médias rechignent à dévoiler, avoir accès à des réflexions qui nous font grandir, des événements qui nous révoltent. On peut y démarrer des révolutions, aider des personnes qui en ont besoin. Moi-même je les utilise beaucoup dans un but militant.

Et puis il n’y a pas que les applications: je ne compte plus le nombre de fois où mon GPS m’a sauvé la vie. J’adore mon application pour les règles qui me permet de suivre mes cycles, moi qui suis totalement tête en l’air quand il s’agit de les noter. Et puis il y a le côté si pratique de l’app Uber, de mon appli bancaire, et je ne parle même pas de celles de messagerie qui me permettent d’être en contact bien plus facilement avec mes proches.

Et pourtant, je ne peux pas m’empêcher d’avoir parfois cette impression d’être une marionnette entre les mains d’individus peu scrupuleux qui ont créé et dirigent ces machines, sans compter que personne ne sait vraiment ce qu’ils font de ce qu’on poste. Je ne peux pas m’empêcher de sentir ma valeur être rattachée, même un tout petit peu, aux nombres de likes et de commentaires (alors que pourtant j’ai plutôt confiance en moi). Tout en reconnaissant les bons côtés des réseaux sociaux, je m’en sens esclave.
Je vois bien aussi que je lis moins. Que je crée moins. Que je ne m’ennuie plus. Que parfois, en regardant certaines photos postées par d’autres, je me sens un peu moins bien. Que je peux même douter de mes objectifs. Que ça peut m’arriver de recevoir un commentaire de trolls, et de voir que ça me touche quand même un peu.

Les réseaux sociaux contribuent à nous formater et ont un impact sur notre capacité de concentration, notre créativité, notre estime de nous et bien d’autres choses. Plusieurs études l’ont montré, et je n’ai aucun mal à les croire. Surtout quand je vois les questions que je me pose, et que je vois d’autres se poser.
Pourquoi mon nombre d’abonnés stagne ?
Pourquoi autant de gens voient mes publications mais ne like pas ?
Pourquoi si peu de gens répondent aux sondages de mes stories ?
Est-ce que vous aimez mon contenu ? Quel type de contenu vous aimeriez voir sur mon compte/ma page ?

J’ai eu mon premier smartphone en septembre 2014, soit bien plus tard que la plupart des gens. Ca fait moins de 5 ans, et pourtant j’ai du mal à me souvenir de comment je faisais avant.

Parfois je brûle de faire comme Andy, jeter mon smartphone dans une fontaine et ne plus jamais en entendre parler (bon dans la vraie vie je le ferais recycler, c’est quand même mieux).
Sauf que comment je ferais pour le travail ? Comment je pourrais trouver des client·e·s ?
Me faire connaitre ? Partager tout ce qui me tient à coeur ?
Et toutes ces belles informations à côté desquelles je passerais ?
Et surtout, est-ce que je ne risquerais pas de perdre de vue mes proches ?

Je me doute que la solution la plus vivable serait certainement de simplement diminuer mon temps de présence sur les réseaux sociaux (surtout Insta). Sauf que quand on a développé une addiction (n’ayons pas peur des mots) ça n’a en fait rien de simple (si tu as des astuces je suis preneuses).

Mais je vais peut-être quand même récupérer un téléphone ancienne génération pour les moments où, comme maintenant, j’en ai vraiment trop marre 😄

Des poutous !