Pourquoi notre sexualité devrait-elle être honteuse ?

Pourquoi notre sexualité devrait-elle être honteuse ?

Il y a quelques jours, j’ai réalisé que je n’avais encore jamais vraiment parlé de sexualité ici, ou du moins très rarement. Pourtant, c’est un sujet qui m’intéresse énormément et qui est très lié au féminisme.

Si je t’en parle aujourd’hui, c’est parce qu’hier soir j’ai terminé le livre Ainsi soit-elle de Benoîte Groult, considéré par beaucoup comme un « classique » du féminisme. Il a été publié pour la première fois en 1975, et c’est assez triste de constater que même si le contexte social et politique n’est plus tout à fait le même, son contenu est dans l’ensemble toujours d’actualité.

Dans ce livre, Benoîte Groult parle justement beaucoup de sexualité et de la manière dont pendant des siècles, les femmes ont été privées de la possibilité de jouir de leur corps, que ce soit par les pressions psychologiques, la honte qu’on les poussait à avoir de leur corps, les mutilations physiques, les obligations sociales qu’on leur imposait. Ca allait du péché orginel, à Freud pour qui le phallus était le maître du monde, à la pornographie littéraire et filmographique faite par et pour des hommes, où les femmes sont la majeure partie du temps objectifiées, humiliées, violentées (il faudra que je fasse un article pour parler de pornographie un jour). La légalisation de la contraception a été le début d’une véritable libération, de la possibilité d’avoir une vie sexuelle sans qu’elle soit forcément destinée à la reproduction.

C’était en 1975, nous sommes en 2018. Et même si les choses ont changé, on ne va pas se mentir, c’est toujours pas la totale fête du slip. La pression qui pèse sur la sexualité des femmes est toujours présente, ainsi que la honte qui va avec, à l’époque du slut shaming et du revenge porn (entre autres). S’il est en général admis que nos organes sexuels ne servent plus uniquement à la reproduction, que nous sommes libres d’avoir de multiples partenaires et de ne jamais nous marier si ça nous chante (en tout cas en France), le poids de la honte continue de peser sur la sexualité des femmes.

C’est un tabou, on en parle pas, et la gêne et la honte demeure, ce qui mène bien souvent à des vies sexuelles peu épanouissantes, voire de vraies mises en danger quand on ne nous a pas vraiment appris qu’on peut dire non, et que nos non doivent être entendus et pris en compte.

On ne nous dit pas vraiment qu’il est possible de parler de sexualité de manière décomplexée, que c’est un sujet au final totalement courant et banal puisque tout le monde ou presque l’expérimente un jour. Et surtout on ne nous dit pas qu’il est possible d’apprendre comment se faire plaisir, à expérimenter.

Du coup j’aimerais te parler du programme Osez votre intimité de Marie Anne, créatrice de @womanlyours. J’ai eu la chance de travailler un peu sur le lancement et d’échanger avec elle sur son message. Elle m’a parlé de son désir de décomplexer la sexualité, d’en parler librement sans tabou, sans censure, d’apprendre aux femmes comment découvrir leur intimité, dépasser leurs blocages, accéder au plaisir et à l’orgasme, seules et avec leur partenaire. Le tout dans un environnement safe et bienveillant.

Si je t’en parle, c’est parce que je trouve ce programme tellement important, et même d’utilité publique ! Il existe malheureusement trop peu d’initiatives de ce genre, alors que la sexualité est quelque chose qui fait partie de nos vies de femmes, qui ne devrait être ni honteux, ni tabou. .
Si tu souhaites découvrir ce programme, je t’invite à aller voir la page de présentation ici: https://womanlyours.kneo.me/c/be71ie/64482j (ceci est un lien affilié, je recevrai une commission si tu t’inscris par ce biais, sans que ça te coûte plus cher). En plus si tu t’inscris d’ici dimanche soir, tu bénéficies de 100€ offerts avec le code promo ose2018.
Et en payant en une fois, tu bénéficieras d’un mois de coaching offert avec Marie Anne !!

En tout cas, je te conseille vivement d’aller faire un tour du côté de ses articles, qui sont vraiment intéressants et instructifs. J’y ai appris plein de trucs pour ma part !

Tu peux me dire ce que tu penses de tout ça en commentaire. La sexualité féminine est quelque chose que j’aimerais bien aborder plus souvent, donc si tu as une réflexion ou expérience que tu aimerais partager, n’hésite pas !

On nous a volé nos règles

On nous a volé nos règles

La semaine dernière, un groupe d’entrepreneuses a décidé de consacrer sept jours, sept articles aux règles… et c’est si cool ! Je trouve tellement génial qu’on parle de plus en plus de ce sujet, qui est un peu un de mes sujets préférés de l’univers (si tu veux tout savoir, c’est même de là que vient le « rouge » de mon nom de marque)

Parmi ces entrepreneuses, il y a Maude de Maudus, une femme tellement inspirante, mais aussi une de mes clientes. En relisant son article, j’ai pu voir tout à la fin une invitation adressée aux lectrices qui le souhaitent à s’exprimer à leur tour sur le sujet. Du coup je décide de répondre à l’invitation et de me lancer !! J’ai hésité sur l’angle sous lequel aborder ce sujet. J’en avais deux de prédilection: un angle spirituel et axé développement personnel, ou l’angle social et féministe.

Et puis, une fois de plus, je suis tombée sur une publication parlant de Chaupadi dans mon fil d’actualité.

Chaupadi, ce n’est pas une personne, mais une tradition népalaise qui touche les femmes: lorsqu’elles ont leurs règles, elles sont tout simplement exclues de la société de leur village. Elles n’ont pas le droit d’entrer dans la maison, ni de toucher à la nourriture, qu’elles pourraient selon cette croyance, contaminer. Elles sont réduites à dormir dehors, dans des abris ou dépendances de fortune. Certaines meurent de froid, de maladie, d’incendies dus à l’insalubrité des lieux, ou même se font dévorer par des animaux. Chaupadi a été interdit par le gouvernement népalais, mais reste pratiqué dans certains villages.

Une tradition barbare, comme il en existe bien d’autres, partout dans le monde.

En Iran, selon une étude, 48% des jeunes filles pensent que les règles sont une maladie.
En Afghanistan, on laisse croire aux femmes qu’elles ne doivent pas se laver pendant leurs règles. Elles n’ont aucun accès aux produits d’hygiène pendant leurs menstruations et sont exposées à des risques d’infections.
En Ouganda, les protection hygiéniques sont si chères que beaucoup de femmes ne peuvent pas se les offrir et utilisent des bouts de tissu, des plantes, ou des vieux papiers dans leurs sous-vêtements. Là encore les risques d’infections sont nombreux… Je pourrais continuer longtemps.

En France, on peut se dire qu’on est plutôt vernies quand on voit la situation des femmes dans d’autres pays. Et pourtant, notre société patriarcale a clairement construit la manière dont nous percevons et vivons nos règles.

Dans la religion chrétienne, les règles sont traditionnellement vues comme une souillure issue du péché originel et dont chaque femme a hérité.
Et ils faut croire qu’après quelques millénaires, les choses n’ont toujours pas changé puisque encore et toujours, nos règles sont associées à la honte.

La honte de la tâche de sang sur les vêtements. La honte lorsqu’on nous voit passer en caisse avec nos tampons au supermarché, surtout quand on est très jeune. La honte de devoir expliquer à notre mec que ce soir ça va pas être possible puisqu’on a nos règles. Avec la peur de le dégoûter en prime. Et puis ces situations qu’on a probablement toutes connues, où on s’aperçoit trop tard qu’il n’y a pas de poubelle dans les toilettes où on se trouve et qu’on se demande ce qu’on va bien pouvoir faire de notre serviette/tampon.

Mais il faut croire qu’on a raison d’avoir honte, puisqu’entre deux émissions montrant des scènes de meurtres ou agressions super violentes, on se retrouve avec une pub où les règles sont symbolisées par un liquide bleu, car cachez ce sang que je ne saurais voir ! Dernièrement, la marque Nana a enfin créé une publicité montrant du vrai sang (enfin un liquide qui y ressemble, pas vraiment du VRAI sang hein), pub qui a été censurée à la télé.

Ainsi on nous apprend que les règles doivent surtout rester cachées. On ne les nomme pas d’ailleurs, on préfère leur donner des petits surnoms sympa: les mickeys, les ragnagnas, les anglais débarquent, etc.

Non pas que ce soit mal de leur donner le nom qu’on veut, mais ça craint quand le nom des règles lui-même devient source de honte. Quand les règles, c’est un peu Celles-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

Mais la honte ne s’arrête pas là. Que celle qui n’a jamais eu droit au fameux « Mais pourquoi tu t’énerves, t’as tes règles ou quoi ? » jette la première serviette hygiénique (mais pas usagée svp, restons civilisées). Tu es une femme. Donc tu as tes règles. Donc tu es une créature particulièrement émotive. Donc tu n’es pas ultra fiable. Et si tu t’énerves, ça veut tout simplement dire que tu as tes règles, ou que tu es émotive parce que tu es une femme qui a ses règles. Donc ta parole n’est pas vraiment valable.

Et voilà comment en quelques secondes, tu es discréditée, simplement pour avoir eu le malheur d’être née femme et d’avoir tes règles.

Et comme tu as tes règles, tu es parfois moins efficace. On ne peut pas tellement te confier de dossiers importants, tu es moins performante. Sisi.

Le monde du travail est régi par le patriarcat. On exige de nous qu’on soit performantes dans les mêmes domaines, de manière linéaire, tout le long du mois. Or les femmes sont cycliques: certains moments du mois sont propices à la créativité, aux idées, aux projets. D’autres aux activités de groupes, aux réunions, au séminaires. D’autres encore à la réflexion, la révision de ce qui a été fait avant.

Nous ne sommes ni moins performantes, ni moins efficaces que les hommes, bien au contraire. Nous avons seulement un fonctionnement qui peut être différent. Et ça, le monde du travail s’en fout éperdument.

Et la douleur, on en parle ? Autre sujet de honte fort sympathique. Ma main à couper que si les hommes avaient leurs règles, il y a bien longtemps qu’on aurait inventé tout un tas de traitements et méthodes efficaces pour remédier à la douleur.
Parce que la réponse, quand on se plaint d’avoir mal c’est souvent de l’ordre du sert les dents et attends que ça passe. Et tiens, un spasfon si vraiment tu pleurniches trop, et fiche moi la paix.

Dans beaucoup de cas, et heureusement, un spasfon suffit. Mais dans d’autres, la douleur est sérieusement insoutenable. Et c’est là que ça devient dangereux, quand cette douleur n’est pas prise au sérieux. C’est comme ça que des maladies comme l’endométriose sont si mal diagnostiquées. Parce que des personnes se sentent obligées de balancer à des jeunes filles en grande souffrance « c’est normal, sert les dents ça va passer ». La honte du sang, la honte d’être sale, la honte d’avoir mal. On continue ?

D’ailleurs le marketing nous aide. Sisi, en nous sortant tous les quatre matins la protection plus invisible qu’invisible, tout en étant plus absorbante qu’absorbante. Avec évidemment un système anti-odeur afin surtout qu’on évite d’offenser les narines d’innocents passant par là.

Ce qu’évidemment on oublie de nous dire de but en blanc, c’est qu’on va devoir casquer pour ces fameuses protections. C’est là que la fameuse taxe rose entre en jeu, un très joli supplément qui concerne les produits d’hygiène féminine.

Evidemment qu’ils en profitent: nous sommes un marché particulièrement juteux, tout simplement parce que les femmes ont, pour la plupart leurs règles. Les protections périodiques ne sont pas un caprice esthétique, mais une véritable nécessité. A moins de maitriser la méthode du flux instinctif (le fait de pouvoir retenir le sang à l’intérieur et l’évacuer en allant aux toilettes), tu en auras forcément besoin une grande partie de ta vie si tu es réglée. Et malheureusement, on ne peut pas dire que le marché des protections périodiques soit très varié; sous toutes ces innovations pour soi-disant rendre nos règles toujours moins gênantes et plus indétectables, on a en fait seulement le choix entre les tampons et les serviettes. Des produits qui coûtent très cher, puisqu’une femme dépensera en moyenne 1500 à 2000€ en protections périodiques au court de sa vie.

Mais la bonne nouvelle, c’est que pour ce prix tu gagnes en plus le droit de t’empoisonner, puisque les serviettes comme les tampons contiennent des produits toxiques. Leur composition est d’ailleurs gardée secrète par les fabricants qui refusent de la dévoiler sur les paquet. Oui, ça pue.

Un documentaire diffusé sur Arte (Tampons, notre ennemi intime) a mis en avant la dangerosité des tampons pour les femmes, plus forte encore que les serviettes, en plus d’être de véritables désastres écologiques. Je t’invite à le regarder si tu le peux, c’est extrêmement intéressant.

Heureusement depuis quelques années certains fabricants ont décidé d’innover pour la santé des femmes et l’environnement: tampons et serviettes bio, mais aussi serviettes lavables, cup, culottes périodiques. Bien évidemment, en trouver dans les supermarchés relève du parcours du combattant, en particulier en ce qui concerne les protections non jetables. Tu m’étonnes, le marché du jetable est si juteux, pourquoi l’abandonnerait-on ?

Depuis quelques mois, j’ai commencé à apprendre à renouer avec mon cycle, à le comprendre et à l’apprécier. Je me suis peu à peu reconnectée à mon corps et à ses différentes phases. J’ai découvert des sensations nouvelles, qui font maintenant partie de moi. Et j’apprends encore, tous les jours.

Je me sens apaisée dans ma relation à mon cycle. Mais je me sens aussi en colère, quand je pense à toutes ces années où on m’a fait me sentir honteuse de mes règles, où on m’a fait croire que c’était un mauvais moment à passer, que je devais les cacher. Je me sens en colère quand je pense à toutes ces femmes qui détestent avoir leurs règles au point d’être soulagées de se bourrer d’hormones en prenant la pilule en continu, sans savoir ce qu’elles perdent en retour. C’est ce qu’on nous a appris. Ce qu’on apprend encore à des millions de jeunes filles.

On nous vole nos règles. La société patriarcale nous a volé cette expérience si précieuse pour les femmes, qui peut être vécue de manière si positive, et en a fait au contraire un outil d’oppression supplémentaire. On ne nous apprend pas à comprendre notre corps, mais à en craindre une partie, à le trouver sale, impur, souillé, gênant une semaine par mois. On nous apprend que nos règles font de nous des hystériques et que nous devrions en avoir perpétuellement honte.

Pourtant, tes règles, c’est le signe que la vie circule en toi. C’est une manifestation de tes énergies féminines. C’est un phénomène beau, précieux, un moment tout particulier pour te reconnecter avec toi-même.

J’ai eu la possibilité de le faire. De lire des livres comme Lune Rouge de Miranda Gray, que je te conseille particulièrement. Comprendre comment fonctionne mon cycle, m’a aidée à l’apprivoiser, à l’apprécier, mais surtout à l’honorer. C’est un chemin parfois long, pas toujours évident, mais que tu peux suivre également, pour ton bien-être, pour une meilleure harmonie avec toi-même. Malheureusement, c’est un chemin que nous devons emprunter de nous même tout en déconstruisant tout ce qu’on nous a appris, toutes les normes sociales si ancrées en nous.

J’aimerais conclure cet article par quelque chose qui me tient très à coeur. Nous, en tant que femmes, sommes liées par cette expérience. J’ai la chance d’avoir eu la possibilité de réfléchir sur le sujet, de tester différents types de protections pour choisir la plus appropriée à ma santé et à l’environnement. Si tu lis cet article, c’est que tu as une connexion Internet, probablement un ordinateur, un toit sur la tête, et les moyens de t’acheter des protections périodiques régulièrement sans trop te soucier du prix.

Mais pour les femmes en situation de grande pauvreté, celles qui vivent dans la rue, la situation est bien pire. Le prix de ces produits les rends extrêmement difficiles d’accès pour elles, alors qu’on devrait les leur distribuer gratuitement (et à toutes les femmes d’ailleurs !). Tu as la possibilité de les aider: lors des collectes en supermarché, pense à ces produits que malheureusement tout le monde oublie. Certaines villes ont mis en place des points de collecte où tu peux déposer des paquets de serviettes, tampons et autres qui sont redistribués aux femmes SDF. Il existe aussi des initiative du Samu social et d’associations qui collectent ces produits, n’hésite pas à te renseigner dans ta ville.

Si tu veux t’informer encore sur le sujet, je t’invite à lire les articles de toutes les super nanas qui ont participé à la semaine #RougePower: Maude de Maudus, Lyvia Cairo, Mélissandre de Green Soul, Agathe de Agathe my bag, Tiphaine de Naturellement Imparfaite, Manon Godard et Carry de Héroines au quotidien. N’hésite pas à toi aussi écrire sur le sujet des règles si tu en as envie, il est plus que temps que notre parole se libère !

Prends soin de toi !

Etre ou ne pas être bikini body ready?

Etre ou ne pas être bikini body ready?

Ca y est. nous sommes au mois de mai ! Il refait beau, chaud, et on peut déjà sentir que l’été s’en vient. Et qui dit été dit plage, dit baignade, dit maillot de bain, dit bikini dit… Toutes les contraintes physiques qui vont avec.

Il suffit d’entrer dans un kiosque à journeaux pour voir les titres qui s’étalent sur les couvertures des magazines:
« Comment être prête pour la plage ? »
« Quel maillot choisir pour être la bombasse on the beach ? »
« A bas la cellulite ! »
« Perdre les derniers kilos avant l’été »
« Cachez-moi ces vergetures que je ne saurais voir sinon ohlala c’est trop la honte autant s’enterrer sous un tas de sable »

J’entends beaucoup, beaucoup trop de femmes dire qu’elles n’aiment pas se mettre en maillot. Et je vais être tout à fait honnête avec toi: oui j’aime mon corps, oui la plupart du temps je me sens bien dedans, mais chaque été j’ai toujours cette petite part de moi qui aurait bien envie de se pointer sur la plage en camisole et qui a une petite hésitation au moment où il faut quitter sa serviette et marcher au milieu de tout le monde pour rejoindre l’eau.

La plage est le lieu où les femmes sont cordialement invitées à oublier toute notion d’indulgence envers leur corps. Exit les titres « Ronde et belle ». Si le reste de l’année on nous pousse clairement à rentrer dans certains standards de beauté, c’est l’été que ces injonctions sont les plus fortes, au point qu’il est presque impossible d’y échapper.

En tête de liste, évidemment la minceur, mais c’est bien sûr loin d’être le seul critère.
Il faut être mince oui, mais ferme. Genre pas de cellulite. Et des formes bien dessinées et toutes aussi fermes, avec obviously la taille marquée.
Il faut aussi avoir la peau lisse, sans tâche, sans bouton, sans pli, sans cicatrice et bien sûr sans vergeture et sans poil. Encore moins des rides.
Il est de bon ton d’arriver sur la plage déjà bronzée. Les cachets d’aspirine c’est pas ultra séduisant. Mais les stéréotypes de la beauté recommandent tout de même d’être caucasienne. (La suite en commentaires!)

Liste non exhaustive.

Dit comme ça, ça parait ridicule et inatteignable. Pourtant, le génie du marketing est de nous faire croire justement que tout ça est possible. Qu’en utilisant telle crème, tel produit de maquillage, telle injection, telle procédure chirurgicale, on se rapprochera de cet idéal que la société a forgé pour nous.

Et si jamais on décidait de résister, tout est fait pour créer des angoisses qui nous pousseront à acheter. La saison des plages en est un exemple parfait: non seulement on va soudainement se découvrir avec les maillots de bains, mais les magazines, les médias nous font clairement comprendre que nous seront observées, jugées, exposées à tous les regards. Par les hommes, mais aussi par les autres femmes. Et là ce ne sont plus notre style vestimentaire, ou même ce qu’on peut apercevoir de notre morphologie sous nos vêtements qui sont jugés, mais bel et bien notre corps. Tel qu’il est, presque à nu.

Je me suis souvent sentie extrêmement vulnérable dans ces moments-là, comme si j’étais une cible ambulante et que je ne pouvais pas me cacher.

Bien sûr, en réalité la plupart des gens ont mieux à faire que scruter les autres vacanciers, mais en général ça n’empêche pas ces pensées-poisons de prendre le dessus sur notre mental.

J’ai vu des femmes de toutes, absolument TOUTES les morphologies, même celles semblant proches de cet idéal de beauté, angoisser et complexer à l’idée de se montrer en maillot. Parce qu’on nous fait croire que tout ce qui n’est pas lisse, jeune, mince, ferme chez une femme est laid. On nous fait croire que les rides entachent un visage, que les poils sont sales, les cicatrices sont laides, la cellulite est écoeurante, les formes sont disgracieuses sauf à certains endroits, etc… Du coup on est poussées à acheter, consommer, poussées par nos angoisses et nos complexes qui sont créés justement pour alimenter ce système.

En voulant nous pousser à désirer entrer dans ce moule jeune et lisse, on nous fait oublier ce que représentent ces aspects de nos corps qu’on nous dit si disgracieux: un passé, une morphologie bien à soi, des expériences de vie, des témoignages de ces années qu’on a vécues, de nos habitudes, et même des expressions de notre personnalité, de notre vitalité, ou des messages que notre corps nous envoie.
Mais surtout du fait qu’on est des êtres humaines totalement uniques.

Et pour moi c’est ça surtout la beauté.

N’hésite pas à me dire ce que tu en penses 🙂 Des bises !

Poils et corps féminins: pourquoi s'épile-t-on ? (Partie II)

Poils et corps féminins: pourquoi s'épile-t-on ? (Partie II)

Il y a quelques temps, j’ai écrit un article sur la pilosité féminine, où je t’expliquais pourquoi j’ai décidé d’arrêter de m’épiler. Si tu ne l’as pas lu, ou que tu souhaites le relire, je t’invite à cliquer sur ce lien: http://nessygraphic.com/histoire-de-poils-ou-pourquoi-jai-arrete-de-mepiler/

L’article étant vraiment long, je t’avais promis une seconde partie pour te parler notamment des raisons pour lesquelles l’épilation féminine est devenue une telle norme sociale.

Je précise que je ne suis absolument pas spécialiste de la question, et que ce que je résume ci-dessous provient du résultat de mes recherches.

 

Et en fait, l’épilation ne date pas d’hier: déjà dans l’Antiquité, elle était monnaie courante, qu’on soit homme ou femme. Le poil était associé à l’animalité, opposé à la pureté et à l’humanité. D’ailleurs en Egypte les Pharaons et leur entourage étaient intégralement épilés. Idem dans le monde Gréco-romain ou les soins corporels étaient très importants et l’épilation intégrale pratiquée par certains hommes. On a également retrouvé des pinces à épiler qui étaient utilisées par les femmes en Gaule (ça devait prendre du temps cette histoire…). Suite à la chute de l’Empire Romain, le poil revient en force jusqu’au Croisades Chrétiennes.

En Orient l’épilation est de mise pour les femmes, principalement sur le front (et oui !), les aisselles et parfois le pubis. Ces traditions sont importées en Europe, avec des techniques comme la cire d’abeille.

Entre la Renaissance et la fin du XIXe siècle, les femmes s’épilent principalement le front pour le faire paraître énorme et souligner leur intelligence, par opposition à l’animal. Les techniques sont assez particulières, puisqu’on utilisait du sang de grenouille ou des préparation de cendre et vinaigre. J’ai même vu quelque part qu’on utilisait du sang de chauve-souris (miam). Il y avait aussi l’arsenic, pour un côté un peu moins healthy.

Aussi étrange que ça puisse paraître pour cette société où le catholicisme était tout de même très présent, l’épilation pubienne était à la mode chez les femmes de la noblesse européenne.

L’épilation des aisselles, du maillot, des jambes est apparue en même temps que le maillot de bain et les vêtements plus courts au XXeme siècle.

 

Mais c’est ensuite que les choses se sont vraiment gâtées et là j’ai trouvé de nombreuses origines à cette convention sociale, la plus importante se trouvant être la pub, le marketing: forcément, on veut vendre des rasoirs, des crèmes dépilatoires, des bandes de cire. Alors tout est bon pour ça: prétendre que les poils c’est sale, créer un sentiment de honte envers eux, et nous faire croire que nous serons plus séduisantes, plus aimées une fois épilées et que ça va nous éviter de finir seule (la menace suprême). Un nouveau marché a été créé, puisqu’après tout, il n’y a pas de raison pour que seuls les hommes achètent des rasoirs ! L’épilation devient une nécessité, on ne se pose plus de question, on achète. Il y a aussi évidemment l’influence du porno, avec des corps féminins ultra lisses, ultra sexualisés. Sans oublier la presse féminine qui fait beaucoup de mal avec de multiples articles pro épilation et photos de mannequins sans l’ombre d’un poil.

Mais dans tout ça, il y a aussi le désir de maitriser le corps de la femme. La psychologue et chercheuse Sara Piazza en parle: « Les poils nous dégoûtent parce qu’ils représentent la sexualité féminine dans ce qu’elle a d’incontrôlé et donc de dangereux. L’épilation, c’est un moyen de la domestiquer. »

Il y a aussi cette pression au jeunisme: un corps sans poil est un corps prépubère, un corps jeune. Dans notre société vieillir pour une femme c’est un peu le mal absolu, l’horreur, la damnation ! Tu vas décrépir, te ratatiner sur toi-même, et plus personne ne voudra de toi !

Non non non ! Il faudrait rester lisse, mince, fraîche jusqu’à la fin de ses jours. Toujours jeune et dans le contrôle.

Pour Mona Chollet (autrice de Beauté Fatale, je recommande !) l’épilation féminine est une expression supplémentaire de la domination masculine sur le corps des femmes: elle parle d’un corps érotisé, soumis au désir de l’homme, agréable. Dans l’épilation il y a cette idée de douceur du corps, qui va avec la douceur de caractère qu’on attribue (aimerait attribuer ?) aux femmes.

Et le plus fort c’est qu’on arrive à te faire croire qu’en fait c’est ton choix, que tu le fais toute seule comme une grande, sans jamais te poser la moindre question. Alors que tout est calculé pour t’y contraindre en fait.

 

J’avoue que quand je me suis penchée sur la question, quand j’ai découvert tout ça, j’ai vraiment eu l’impression de m’être faite avoir, moi qui pensais ne pas être franchement sensible à la pub ou aux influences extérieures. Je me suis pris une bonne douche froide.

Toute ma vie on m’avait fait croire que mes poils étaient sales et honteux. Que ne pas s’épiler était un manque d’hygiène (mais pas pour les hommes apparemment) et de respect (pour qui ??).

En réalité j’ai découvert que les poils ont plein de fonctions ultra sympa pour notre corps:

– Ils nous protègent de la chaleur, du froid, des UV.

– Ils nous préviennent au cas où un insecte viendrait tenter sa chance sur notre épiderme

– Ils maintiennent l’hydratation de la peau (voilà pourquoi j’avais sans arrêt une peau de croco, tout s’explique!)

– Ils nous permettent de ressentir les contacts physiques de manière plus intense

– Ils jouent un rôle de protection, notamment les poils pubiens qui préviennent les mycoses et autres joyeusetés (l’épilation intégrale à ce niveau n’est dont vraiment PAS une bonne idée)

Et non, ça ne sent pas mauvais (sauf si tu arrêtes de te doucher), ils ne favorisent pas non plus la transpiration. Il semblerait même qu’ils la régulent d’après ce que j’ai pu lire et expérimenter par moi-même.

 

Arrêter de m’épiler est une décision que je ne regrette absolument pas et qui m’a apporté plus que ce que j’aurais pensé au départ:

– Je perds beaucoup, BEAUCOUP moins de temps et d’argent

– Ma peau est beaucoup plus saine et moins sensible qu’avant

– C’est un filtre à abruti.e.s (pour rester polie): en voyant la réaction des gen.te.s sur ta non épilation, je peux te dire que tu sais immédiatement à qui tu as affaire

– Mais surtout, je m’aime beaucoup mieux et je me sens vraiment plus confiante, aussi bizarre que ça puisse paraître. Le fait de garder mes poils et de l’assumer me fait aussi me sentir beaucoup plus femme.

 

Au final cette norme sociale (et c’est pas la seule!) pervertit totalement notre rapport à notre corps tout en biaisant complètement nos choix. Peu importe qu’on choisisse de d’épiler, ou de ne pas le faire, ce qui compte c’est de savoir pourquoi on le fait et d’être consciente des manipulations qu’on peut subir. Après libre à toi de décider, parce qu’après tout your body your choice.

 

N’hésite pas à me dire ce que tu en penses, et prends soin de toi surtout !

Non, on ne "fête" pas le 8 mars !

Non, on ne "fête" pas le 8 mars !

Et oui, aujourd’hui ce n’est pas n’importe quel jour du calendrier, c’est le 8 mars ! Peut-être t’es-tu toi aussi retrouvée dans l’une de ces situations ce jour-là:

Il est 9h, tu arrives en vue de l’immeuble où tu travailles. Mais avant même que tu aies le temps de tendre la main vers la porte, ton collègue Gilbert, qui habituellement t’adresse à peine la parole, se précipite pour l’ouvrir et la tient afin de te permettre d’entrer. Et te fait remarquer avec le sourire « C’est la journée de la femme, il faut être galant. »

(Vite, qu’on donne une médaille à ce brave homme !)

15h, tu fais une petite pause avec tes collègues. Et là Bernard, ton supérieur, débarque avec une flopée de roses et offre une fleur à chaque femme de l’étage, tout en ne manquant pas de soulever « à quel point vous êtes belles mesdames aujourd’hui ».

18h, tu vas pouvoir quitter le boulot. Ton téléphone vibre, tu as reçu un SMS. C’est ton mec/ton frère/ton meilleur pote (ou autre, au choix): « Joyeuse journée de la femme ! Je t’invite au restau ce soir pour fêter ça! »

Tous les ans ou presque je connais ce genre de situation (même si pas dans le même contexte) et je ne doute pas que toi aussi.

Mais il est plus que temps de remettre les choses dans leur contexte !

Pour commencer, La journée de la femme N’EXISTE PAS. C’est La journée internationale des DROITS des femmes (ou Journée de lutte pour les droits des femmes, ou Journée des droits des femmes, ou Journée internationale des femmes).

Cette journée a été créée en 1909 dans un but militant, pour revendiquer le droit de vote des femmes, le droit au travail, et la fin des discriminations au travail. Ce n’est qu’en 1977 que les Nations Unies ont officialisé cette journée. Son but est encore aujourd’hui de se pencher sur les inégalités et discriminations dont nous sommes victimes et de mesurer le chemin qu’il reste à parcourir (entre autres).

Cette journée n’est pas là pour offrir des fleurs et des chocolats. Ce n’est ni la Saint Valentin, ni notre anniversaire (sauf évidemment pour celles qui sont nées le 8 mars). Ce n’est certainement pas non plus pour avoir droit à un deuxième ensemble lingerie à -50% ou un sèche-linge soldé.

Cette journée nous rappelle que nos droits ne sont pas garantis, et que la lutte est loin d’être gagnée. Et tant que nous vivrons dans une société patriarcale et sexiste, tant que des femmes dans le monde seront persécutées, victimes de violences, tuées, cette journée existera. Personnellement ce n’est pas quelque chose que j’ai très envie de fêter, mais c’est aussi pour ça qu’elle est si importante et qu’il est nécessaire de ne pas oublier pourquoi elle existe.

J’ai voulu écrire ce texte parce que j’en ai MARRE de voir cette journée réduite à un vaste plan marketing, à des fleurs, ou à des blagues totalement nulles du type: « On fait ce que vous voulez aujourd’hui parce que tous les autres jours de l’année c’est le jour de l’homme bwahahaha », auxquelles je n’ai vraiment plus envie de répondre.

Du coup, j’ai choisi de rester chez moi aujourd’hui, où le seul être de sexe masculin est mon chat, qui ne sait même pas quel jour on est. Mais si des gens t’embêtent avec ça, ou ne veulent vraiment pas comprendre, n’hésite pas à leur envoyer ce texte 🙂

J’ai une énorme pensée et un amour immense pour toutes les Femmes de ce monde qui vivent dans cette société patriarcale, dont toi, héroïne et Femme forte que tu es ❤

Histoire de poils, ou pourquoi j'ai arrêté de m'épiler

Histoire de poils, ou pourquoi j'ai arrêté de m'épiler

Cet article, je l’ai sur le feu depuis longtemps. Je viens de retrouver la début d’une première version dans les bas-fonds de mon ordi et je me dis qu’il est plus que temps qu’il sorte au grand jour, parce que c’est un sujet qui me tient vraiment à coeur.

La pilosité féminine est un sujet dont on parle à la fois beaucoup, et pas du tout. Que ce soit à la télé ou dans les supermarchés, on se retrouve bombardées de publicités et d’étalages de produits dédiés à l’épilation. C’est auquel sera le plus efficace, fera la jambe la plus douce, durera le plus longtemps.

Et pourtant personne n’en parle vraiment: pourquoi on le fait ? Qu’est-ce que les poils apportent, pourquoi sont-ils vraiment là ? Et la question la plus importante: est-ce que je m’épile parce que j’en ai vraiment envie ?

Il y a quelques temps, j’ai réalisé que je ne m’étais jamais, absolument JAMAIS posé ces questions. J’avais accepté l’épilation comme une obligation, quelque chose qu’on fait sans le remettre en cause. Parce qu’une femme doit être épilée, point. Et puis, il y a je dirais un an ou un peu plus, j’ai commencé à me remémorer des souvenirs liés à ça.

Je me rappelle parfaitement la première fois que je me suis rasée. Je devais avoir dans les treize ans, l’année où mes poils ont vraiment commencé à pousser, notamment sous les aisselles. Je ne m’en souciais pas vraiment, je voyais l’épilation comme un truc que j’allais devoir faire, un truc de « grande », mais je ne voyais pas forcément ça comme une urgence (surtout que bon pour ce que j’avais hein). Et puis, premier jour de chaleur, je porte un débardeur pour faire du roller avec les copains du quartier. Et là un voisin d’à peu près mon âge, avec qui je m’entendais plutôt bien, commence à me faire une réflexion: « Nan mais c’est dégueu, tu te rases pas ? » (je ne me souviens pas de ses paroles exactes, mais ça ressemblait à ça). Il le dit une fois, je l’ignore. Au bout de la deuxième ou troisième, je finis par mettre mon gilet. Je crève de chaud, mais hors de question de l’enlever. Parce que pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment honte de mon corps. D’ailleurs en rentrant chez moi, la première chose que je fais, c’est piquer le rasoir de ma mère pour éradiquer l’objet honni.

Et c’est là que tout a commencé. La guerre contre les poils, et en tout particulier ceux des aisselles, où je ne supportais pas le moindre petit duvet (pas besoin d’être psy pour deviner d’où ça me venait). Je cherchais dans les magazines la méthode la plus efficace, la plus radicale pour les éliminer. Le rasoir a été mon arme principale, mais j’en ai testées beaucoup d’autres.

La crème dépilatoire, horriblement chimique et moyennement efficace (mais ma mère m’ayant raconté avoir été victime d’une horrible allergie un jour à cause de ce produit, je n’ai pas vraiment tenté plus que ça).

Je me souviens de la première fois où j’ai voulu tenter de m’épiler à la cire chez moi. C’était horriblement douloureux (of course), mais surtout j’ai vu des tas de petits points et tâches rouges apparaître sur mon mollet. Non non, pas une allergie; j’avais eu un geste trop violent (normal, je ne savais pas ce que je faisais) et une multitude de vaisseaux sanguins avaient éclaté. J’ai porté ces marques pendant des semaines. Je te dis pas la tête de la dermato quand je lui ai montré mes jambes…

Je suis donc repassée à mon fidèle rasoir. Et je ne manquais jamais de m’épiler, peu importaient les circonstances. Comme cette fois où j’étais en vacances au soleil avec ma famille (je devais avoir 15 ou 16 ans). Ma peau avait été très fragilisée par le soleil, j’avais eu des coups de soleil et au lieu de me dire que, peut-être, il fallait laisser mon corps un peu tranquille, je me suis dit no way, les poils doivent disparaitre ! Résultat, le frottement de la lame du rasoir m’a brûlée (et le pire c’est que je ne me suis pas arrêtée avant d’avoir fini…). Ma peau a mis du temps à s’en remettre et j’ai eu vraiment très mal.

J’en oublie sans doute beaucoup. Mais quand je repense à tout ça, je me dis qu’il y a un sérieux problème. Comment peut-on maltraiter son corps à ce point pour un souci esthétique ? Le pire était que je ne remettais absolument pas tout ça en question. Pas une seule fois, durant toute ces années, je ne me suis posée pour me questionner: « Mais au fait, pourquoi je fais ça ? Est-ce que j’en ai envie ? Est-ce que vraiment je trouve ça plus beau ? » C’était juste normal, j’étais tellement dedans que je ne remettais rien en question.

C’est ce que je trouve le plus grave en fait. J’ai assimilé le fait que s’épiler était une obligation pour les femmes, pour être que c’était ce qu’on devait faire. Du coup je me demande parfois ce que j’aurais été capable d’accepter d’autre, peut-être plus grave, dans les mêmes circonstances ?

La première remise en question a eu lieu grâce à une esthéticienne. J’en avais marre du rasoir, j’avais envie de tenter autre chose, et une copine de fac m’avait donné cette adresse. J’avais demandé une prestation assez complète. La personne qui m’avait reçu avait alors refusé de m’épiler les cuisses, me disant que j’avais la peau trop fine et fragile à cette endroit et que de toute façon pour ce que j’avais, ce n’était vraiment pas la peine. Elle m’a suggéré de ne plus jamais le faire, sous peine de m’abîmer sérieusement la peau. J’ai eu l’impression qu’on me retirait un filtre: pendant des années j’avais été persuadée d’être ultra velue, alors qu’en fait mes poils à cet endroit sont très blonds et peu visibles. C’était comme si ma vision avait été complètement déformée.

Elle m’avait également conseillé d’éviter les rasoirs en constatant une tendance aux poils incarnés et en me faisant le récit des infections que je risquais si je continuais.

Sur ce point, j’avoue, je ne l’ai pas écoutée.

Il n’empêche que ça a fait son chemin dans ma tête.

J’ai continué à m’épiler (épilateur électrique + rasoir), mais moins souvent, surtout en hiver, principalement par flemme. En été ça repartait comme en 40, et à partir du moment où j’étais en couple, c’était You shall not pass ! Mais le fait d’arrêter les mois d’hiver (et de célibat) m’ont peu à peu habituée à vivre avec mes poils et à constater qu’en fait ils ne me gênaient pas tant que ça.

Et puis, il y a je dirais plus ou moins deux ans, j’ai commencé à tomber sur des vidéos, des articles faits et écrits par des femmes qui avaient pris la décision de cesser de s’épiler. Elles expliquaient pourquoi elles l’avaient fait, ce que ça leur avait apporté. Je me suis également davantage renseignée sur les origines de cette injonction à l’épilation, et sur les fonctions des poils sur le corps.

Du coup venait la question: si ce n’est pas particulièrement bénéfique pour ma santé, que ce n’est pas sale, qu’il n’y a aucune loi qui m’y contraint, pourquoi je le fais ? Est-ce que c’est vraiment parce que je me trouve plus jolie sans poils, que je me sens mieux, ou parce que je me sens obligée de le faire ?

A partir de là, ça a été un long travail à faire sur moi-même et un tas de schémas sociaux à déconstruire.

Parce que le problème n’est pas l’épilation en soi. Oui, c’est cher et ça fait mal, mais il n’y a aucun problème à le faire si on en a envie, qu’on se sent mieux sans nos poils. Le problème c’est de déterminer si cette envie est vraiment la nôtre, ou si on s’y sent obligée. Et il n’y a qu’à voir ce qu’on se balance à la figure (aux autres ou à soi-même):

« Oh la la, je suis en mode singe aujourd’hui »
« Avec les poils que j’ai sur les jambes, on dirait Chewbacca »
« Désolée hein j’ai pas eu le temps de m’épiler »

Le genre de phase qu’on lance avec légèreté, sans se rendre compte qu’on est en train de se dévaloriser. On éprouve le besoin de s’excuser pour le corps qu’on a, de prévenir les remarques, de se justifier, parce que « juré d’habitude j’ai pas de poils hein ».

Je l’ai fait aussi, j’en ai encore parfois l’impulsion et je trouve ça horriblement triste d’éprouver le besoin de m’excuser pour mon propre corps.

C’est aussi pour ça que j’ai arrêté: avant de décider si j’aimais ou non être épilée, il fallait que j’arrive à m’accepter toute entière, avec mes poils. Et que je puisse voir si oui ou non, c’était si horrible que ça.

Ben ça ne l’était pas du tout en fait.

Alors que les choses soient claires, c’était loin d’être simple. Assumer ça vis à vis de moi-même, c’était une chose et c’est plutôt bien passé. Mais l’assumer vis à vis des autres, ça a été une autre paire de manches (et ça l’est toujours, je suis loin d’être full détachée là-dessus). Moi qui pensais être super bien dans mes baskets et m’en moquer comme de ma première culotte, je me suis pris mes insécurités dans la face (et ça a fait mal à l’ego…).

Je n’ai pas envie de te mentir: l’opinion et les regards ne sont pas faciles à assumer. Certaines personnes qui n’ont visiblement pas été attentives aux cours d’éducation civique à l’école sont incapables de garder leur opinion pour elles. Pour l’instant je n’ai pas encore été insultée ou prise à parti par des inconnus, mais je sais que ça peut m’arriver un jour.

Sauf que j’ai rapidement compris que je n’avais plus vraiment envie de m’épiler. Qu’en fait mes poils ne me dérangeaient pas, bien au contraire: je dépensais moins d’argent, je perdais moins de temps à y penser, je ne me faisais pas souffrir exprès, ma peau semblait moins sensible, plus résistante.

Du coup il me restait trois choix:

– Continuer à faire quelque chose que je n’avais plus envie de faire pour rester dans la norme sociale.
– Laisser pousser mes poils et porter une combinaison de ski sur la plage (mais bof en fait)
– Assumer, et espérer que peu à peu les mentalités changent

Je choisis la troisième. Je choisis d’assumer mon corps comme je l’aime, parce que laisser pousser mes poils c’est OK. Et s’il m’arrive d’avoir un jour envie de m’épiler pour changer, c’est aussi OK.

N’oublie jamais que quoiqu’il arrive c’est toi qui décides, et que même s’il s’agit d’une norme sociale très ancrée, tu n’es obligée de rien lorsqu’il s’agit de ton corps.

Sur ce je vais m’arrêter là, je poursuivrai la réflexion dans une seconde partie, l’article est déjà bien trop long.

Des bisous et prends soin de toi !