Inktober 2018 et complexes créatifs

Inktober 2018 et complexes créatifs

Ca y est, je l’ai fait !!! 31 dessins, en (presque) 31 jours ! Et vu que je suis partie en vacances une dizaine de jours en Octobre, on peut dire que c’était pas gagné. Sérieusement, on devrait nous remettre une médaille, parce que c’est un sacré sport mine de rien. Il faut se renseigner sur le thème quand on ne le connait pas (et vu que je travaillais sur les légendes écossaises, ça concernait à peut près tous les thèmes), réfléchir à une composition et se lancer pour la réalisation. C’est un sacré boulot qui prend du temps, de l’énergie et est assez contraignant.

C’est la deuxième année que je le fais et à chaque fois, je suis bluffée par l’effet que ça a sur ma créativité. Plus ça va, plus je me rends compte à quel point la contrainte peut la stimuler.

(Alors attention, c’est vraiment propre à moi, je connais beaucoup de personne chez qui au contraire la contrainte tue toute forme de créativité.)

Cette année, j’avais décidé d’un matériel relativement restreint: un crayon et une gomme pour créer les bases de mes compositions, une encre noire liquide, une plume et deux pinceaux. Et c’est tout.

Le fait d’avoir si peu de matériel, et surtout de ne travailler qu’avec une couleur m’a obligée à devoir réfléchir et être plus ingénieuse pour créer davantage de nuances. L’imprécision plume m’a contrainte à quitter le perfectionnisme et à me lancer en acceptant de ne pas pouvoir tout maitriser. Et j’ai même oublié ma plume lorsque je suis partie chez des amies pour Samhain, du coup j’ai dû encore me restreindre davantage.

(On en revient à un conseil que je donne souvent à celleux qui débutent en dessin: ne vous ruinez pas dans 1 millions de fournitures artistiques différentes ! Je sais à quel point c’est tentant de tout essayer, d’avoir le meilleur matériel possible, mais concentrez vous d’abord sur une liste restreinte, et expérimentez, explorez le plus possible, éclatez-vous !)

 

Bref, j’en viens à ce dont je voulais te parler, ce que j’ai vraiment compris lors de cet Inktober: c’est la force des complexes artistiques qu’on peut avoir et à quel point ça peut nous bloquer. Pour certains ça va être les proportions, ou la perspective, ou les couleurs qui ne sont jamais comme on le voudrait. Et évidemment ce n’est jamais aussi bien que chez d’autres.

Pour ma part, il s’agit de la netteté: je suis incapable, mais vraiment incapable de faire quelque chose de net et précis. C’est le cas avec n’importe quel matériel, sujet, support. Je ne sais pas si c’est parce que je vais trop vite, ou au contraire pas assez, que j’hésite trop ou que j’ai juste la main pas assez assurée. Je n’en ai aucune idée. Le fait est que la netteté c’est compliqué pour moi. Et ça ne date pas d’hier: à la maternelle déjà, j’étais absolument incapable de colorier sans dépasser les lignes. Et ça ne s’est pas arrangé en me comparant avec d’autres: j’ai toujours regardé avec envie les dessins d’autres personnes que je trouvais nets, harmonieux, finis, tandis que les miens me semblaient être de perpétuels brouillons.

Avec le recul, je me rends compte que ça avait participé à me bloquer. Parce que j’avais des complexes vis à vis de ce que je produisais, j’avais du mal à prendre le crayon. Du coup frustration, et blocages encore plus grands.

Je crois que l’Inktober 2018 a vraiment marqué un tournant. Parce que j’étais obligée de produire beaucoup à un rythme soutenu, je ne pouvais pas me permettre de perdre du temps à trop réfléchir ou trop hésiter et je devais lâcher prise sur le résultat. Forcément, des dessins me plaisaient énormément, d’autres beaucoup moins. J’ai dû exposer sur Instagram certaines oeuvres dont je n’étais pas particulièrement fière, ou sur lesquelles j’aurais aimé passer plus de temps.

Et parce que j’avais peu de temps, je devais aller vers ce qui était le plus confortable pour moi. Je n’avais pas le temps de complexer. Quitte à ne pas pouvoir prendre le temps de faire des trucs nets, j’ai laissé tomber l’idée. Et tu sais quoi ? J’ai fini par vraiment être fière de ce que je pouvais produire.

J’ai réalisé que mon manque de netteté et de précision, que je considérais comme des défauts à corriger, pouvaient être au contraire ce qui me distingue et fait partie de mon style. En fait, intellectuellement, je le savais, mais je ne l’avais pas encore expérimenté jusqu’ici. Je ne le ressentais pas vraiment.

C’est le message que je voudrais te faire passer: on a souvent tendance à voir ce qui nous pose de la difficulté comme des défauts qui font que notre travail ne nous semble pas valable, ou que nous ne nous semblons pas valables. Or ce qui peut sembler être un défaut à tes yeux, aux yeux de la société, est en fait ce qui te rend unique, que ce soit dans ton style, ta personnalité, ce que tu dégages ou ce que tu peux inspirer au monde. Ne cherche pas à l’ignorer, le fuir ou l’étouffer, mais au contraire reconnais sa présence, utilise-le et sois-en fier·e.

Si tu souhaites voir mes dessins, n’hésite pas à visiter mon Instagram @sorciererouge.

A très vite !

PS: Si tu souhaites une guidance des tarots personnalisée sur la question/le thème de ton choix, clique vite sur ce lien, les places sont ouvertes pour novembre: http://lasorciererouge.com/services/guidance-des-tarots

Argent et création sont-ils compatibles ? (#payetonauteur)

Argent et création sont-ils compatibles ? (#payetonauteur)

Je ne sais pas si tu as entendu parler de la polémique #payetonauteur qui a fait rage depuis quelques semaines sur Internet. Pour te faire un résumé rapide, le Salon du Livre, refusait de payer ses auteur.rice.s pour leurs interventions, sous prétexte qu’il s’agissait de promotion. Il y avait un budget pour les plantes vertes, mais absolument aucun pour les auteur.rice.s (à part quelques un.e.s apparemment…).

Au terme d’un bras de fer, le Salon du livre, dans sa grande générosité, a finalement accepté de rémunérer les auteur.ice.s intervenant.e.s 150€. Mais pas celleux seulement en dédicace, faut pas pousser.

 

Je suis un peu tombée de ma chaise en apprenant ça. Si je t’en parle, c’est pour soulever un point que je trouve extrêmement problématique dans la manière dont on traite les créateur.rice.s.

Il y a cette histoire, il y a aussi les concours scandaleux lancés par certaines entreprises: « Vous nous faites un logo, on utilise le meilleur et comme ça ça lui fait de la pub parce qu’on est vraiment trop trop sympa tu vois » (Franchement, est-ce qu’on voit des concours de plombier.e.s ? Genre celui/celle qui répare le mieux une fuite d’évier est payé.e ? I don’t think so !)

Il y a les personnes qui vont être scandalisées, voire même parler d’escroquerie (?!!!!) en constatant qu’un tatouage, ou une illustration coûtent (parfois beaucoup) plus que 100€.

 

Ok, donc reprenons.

J’ai l’impression que dans l’esprit de beaucoup de gens/marques/institutions, créateur.rice = qui fait un truc qu’iel aime = qui gribouille dans son coin sans trop se fatiguer = qu’on a pas besoin de payer trop cher parce que de toute façon iel fait ça par passion et que ça lui fait plaisir.

Mais NON !!!

Un.e créateur.rice travaille. Créer c’est DUR. Ca demande du temps, de l’argent, de l’énergie.

C’est un vrai travail ! Même si ces personnes font quelque chose qu’elles aiment, même si elles sont passionnées, même si elles s’éclatent tellement qu’elles n’ont pas l’impression de bosser la plupart du temps, ça ne change rien. Tout travail mérite salaire, et le travail créatif ne fait pas exception, d’autant plus que tu paies pour une patte, un univers, un style.

Pour en revenir au Salon du Livre, personnellement, je ne m’y suis jamais rendue en me disant « Oh chouette, je vais pouvoir rencontrer mon éditeur.rice préféré.e ! ». Bien sûr c’est cool de parler à des éditeur.rice.s, mais si j’y vais, c’est avant tout pour rencontrer les auteur.rice.e que j’aime, leur parler, écouter leur expérience.

Ce sont les auteur.rices qui apportent de la valeur au Salon, et au reste d’ailleurs. Sans elleux, pas de livre, donc pas de maison d’édition, de librairie, de bibliothèque. Mais surtout pas d’évasion, pas d’imagination, pas de nourriture intellectuelle. Et pourtant leur travail est totalement dévalorisé, souvent précaire.

Ce serait bien que quelque part certain.e.s se rappellent que ce travail fait vivre toute une industrie et qu’il serait temps qu’on arrête de les exploiter en ne leur donnant en retour que des cacahuètes ou en les traitant d’escrocs dès qu’ils demandent un prix juste pour leur travail. La reconnaissance, la visibilité, la promotion, c’est bien beau mais en soi ça n’a jamais fait manger personne.

Comme tout le monde les créateur.rice.s ont besoin de payer leur loyer, leurs factures, leur mode de vie, et iels méritent de recevoir une juste valeur en retour de celle qu’iels offrent au monde.

J’en ai vraiment marre de cette image d’artiste crève-la-faim qu’on voit partout et même qu’on promeut. Marre de voir de talentueux.ses artistes, créateurs.rices, auteurs.rices être dévalorisé.e.s de cette manière et ne pas recevoir la juste valeur de leur travail.

Moi aussi pendant longtemps, j’ai pensé que mon travail ne valait rien. C’est tout juste si je ne m’excusais pas de demander de l’argent pour mes prestations. Et je me laissais souvent convaincre de faire des trucs gratuits parce que bon « ça me demande pas grand chose et ça fait plaisir et puis on sait jamais, peut-être que le.la client.e parlera de moi. »

Sauf que NON ! Tu apportes de la valeur, et tu as le droit de demander un prix juste pour toi et ton travail ! Ca ne fait pas de toi une voleuse, une arnaqueuse ou que sais-je. Et si les personnes face à toi ne sont pas prêtes à le comprendre, ce ne sont tout simplement pas tes client.e.s idéales.ux. Mais ne doute jamais que ton travail a de la valeur et apporte de la valeur à d’autres personnes, sinon elles ne te demanderaient rien. Tu fais une différence !

Prends bien soin de toi !

Peut-on créer sans talent?

Peut-on créer sans talent?

C’est une phrase que j’entends énormément, chez tous types de personnes, de tous les âges:
« J’aimerais tellement…
– Ecrire un roman
– Peindre une oeuvre d’art
– Savoir dessiner
– Faire de la danse
– Ecrire des chansons
– Jouer de la musique
etc… »
 
Et à chaque fois qu’on leur demande pourquoi iels ne le font pas, ce sont pratiquement toujours les mêmes réponses qui reviennent:
« Je ne suis pas doué.e/ Je n’ai pas de talent/ Je n’ai pas de souplesse/etc »
Ah ben si tu n’as pas de talent, dommage pour toi. Tant pis, autant ne rien faire.
Voilà la réponse que je m’imaginais dans ma tête, il y a encore pas si longtemps.
Si tu me suis depuis un certain temps, tu le sais, je dessine. C’est une pratique que j’ai depuis que je suis enfant, mais que je n’ai pas toujours suivie de manière régulière. A une période de ma vie, une fois adulte, j’ai même complètement arrêté pendant plusieurs années. Je me suis alors retrouvée dans cet entre-deux assez bizarre:
Je m’en voulais terriblement de ne plus dessiner. Je me disais que j’étais nulle, incapable de reprendre et je regardais avec envie ceux qui y passaient leur temps, qui en faisaient même leur métier. Je me disais qu’ils avaient vraiment de la chance.
Et en même temps, d’un autre côté, je n’arrivais pas à reprendre. J’avais l’impression de devoir gravir une énorme montagne, que c’était beaucoup trop dur. Que je n’avais pas le temps, ni le talent.
Il m’en a fallu du temps, justement, pour réaliser que je me cachais derrière ce sacro-saint talent pour ne rien faire du tout.
Ce talent pour moi, c’était l’idée que certaines personnes y arrivaient avec facilité, fluidité. Que c’était quelque chose de naturel pour elle. Et j’étais persuadée que je serais incapable de produire quelque chose de bon avec cette même facilité.
Et tu sais quoi? J’avais raison. Ce que j’ai produit lorsque j’ai repris était très certainement mauvais, tout simplement parce que se remettre à dessiner après n’avoir strictement rien fait pendant plusieurs années ne peut pas t’amener tout de suite à produire un chef d’oeuvre ultime. Et c’est pareil dans tous les domaines!
 
Aujourd’hui, je crois aux talents (ces petites facilités qu’on a tous, souvent sans s’en rendre compte), mais je ne crois plus au Talent, cette espèce de force magique qui toucherait certains élus, faisant d’eux des artistes doués.
Derrière cette idée que je devais forcément avoir du talent se cachait justement ma peur de ne pas en avoir. Parce que pour moi, l’apprentissage n’était pas du tout facile; c’était parfois même très dur. Il y avait des jours où, désespérée, j’avais l’impression de ne rien faire de bien, de rater tout ce que je tentais.
La vérité, que j’ai mis du temps à réaliser, c’est que c’est censé être dur. Aucun apprentissage n’est facile, que ce soit de la musique, du dessin ou des maths. On démarre tous débutants (je veux bien croire qu’il y ait une poignée de génies dans ce monde, à la limite, mais c’est tellement rare qu’il n’y a pas de quoi complexer si tu n’en fais pas partie), on se casse tous les dents à certains moment. Et l’apprentissage, surtout dans les domaines artistiques et créatifs, peut être long pour être à l’aise, encore plus pour trouver son style, et au final prend tout une vie.
Tu as un projet artistique? Tu veux créer quelque chose? Le seul moyen c’est de faire. Ce sera sans doute long, douloureux, pénible à certains moment, mais tu ne vas que progresser, je te le promets ! (Je n’ai jamais vu personne devenir moins bon en travaillant). Dis-toi que même les personnes qui t’impressionnent, que tu admires, ont eu des débuts et des moments difficiles, et ont encore très certainement leur part de doute.
 
J’adorerais savoir si tu as un projet créatif que tu as du mal à réaliser, ou même ton avis sur la question si tu souhaites le partager 😃
 
D’ailleurs je te partage les miens:
Je vais officiellement lancer mon activité de graphiste dans le courant du mois. Tu peux déjà accéder à mon site et t’inscrire à la Newsletter: http://nessygraphic.com/
Je participe également au challenge Inktober ce mois-ci! Tu peux venir voir ce que je fais sur ma page Instagram: https://www.instagram.com/nessy_ady/
A tout vite !
Cyrielle (Nessy)